LE DÉPART DE MARC MESSIER, UNE LOURDE PERTE POUR TOUT LE QUÉBEC
Dernière mise à jour : 23 oct.
Je suis sous le choc. Comme des millions de Québécoises et de Québécois, j'ai été complètement bouleversé d'apprendre le décès du grand, du très grand Marc Messier. Aujourd'hui, c'est bien plus qu'un immense comédien qui nous quitte : c'est un véritable monument de notre culture qui tire sa révérence.
Par Gaëtan Vaudry
Avec ses yeux bleus perçants, sa présence imposante, son jeu d'une justesse remarquable et son immense talent, Marc Messier aura traversé près de six décennies de notre histoire artistique. Comédien, auteur, fantaisiste et humoriste, il aura marqué plusieurs générations et participé à certains des plus grands succès de la télévision, du théâtre et du cinéma québécois. Rares sont les artistes qui peuvent se vanter d'avoir autant façonné notre imaginaire collectif.

Une carrière hors du commun
Diplômé en interprétation du Cégep de Saint-Hyacinthe, Marc Messier décroche son premier rôle à la télévision dès 1969 dans le populaire téléroman Quelle famille!. Dix ans plus tard, il monte sur les planches du Théâtre des Voyagements aux côtés de Michel Côté et de Marcel Gauthier. Ensemble, ils donneront naissance à un phénomène culturel sans précédent : Broue.
Pendant près de 38 ans, les trois complices présenteront 3 322 représentations devant plus de 3,3 millions de spectateurs. La pièce recevra même un record Guinness pour la plus longue série de représentations d'une pièce jouée par la même distribution, de 1979 à 2017. Un exploit qui témoigne autant de la qualité de l'œuvre que du talent exceptionnel de ceux qui la portaient soir après soir.

Un géant de la scène
Au théâtre, Marc Messier brillera également dans plusieurs productions majeures, dont Les voisins, Un tramway nommé Désir, Cyrano de Bergerac, Appelez-moi Stéphane et, plus récemment, Mort d'un commis voyageur au Théâtre du Rideau Vert. Peu importe le personnage qu'il incarnait, il y apportait toujours une profondeur, une sensibilité et une authenticité qui forçaient l'admiration.
Mais c'est sans doute au petit écran qu'il deviendra un véritable monstre sacré. En 1986, il prête ses traits au légendaire Marc Gagnon, numéro 7 du National de Québec, dans Lance et compte, de Réjean Tremblay. Cette série, première production dramatique québécoise tournée sur pellicule cinématographique, connaîtra neuf saisons entre 1986 et 2015, en plus d'un film en 2010. Son interprétation lui vaudra deux Prix Gémeaux ainsi qu'un Prix Artis.

Des personnages devenus immortels
Impossible de parler de Marc Messier sans évoquer La petite vie, probablement la comédie la plus marquante de l'histoire de notre télévision. De 1993 à 1998, il y incarne avec un plaisir contagieux le célèbre Réjean Pinard, reconnaissable entre tous avec son inoubliable crinière orange.
Créée par Claude Meunier, cette série fracassera tous les records d'écoute et fera rire tout le Québec. Plus de trente ans après sa création, les reprises continuent encore aujourd'hui d'attirer un vaste public. Voilà la marque des œuvres intemporelles... et des grands comédiens.
Comment ne pas penser également à Bob Chicoine dans la populaire série de films Les Boys? Qui n'a jamais répété sa célèbre réplique : « La dureté du mental »? Entouré de Patrick Huard, Luc Guérin, Michel Charette, Rémy Girard, Yvan Ponton, Serge Thériault, Pierre Lebeau, Paul Houde et Patrick Labbé, Marc Messier y livrera une autre interprétation mémorable, qui continue encore aujourd'hui de faire sourire des milliers de spectateurs.

Était-il le secret du succès ?
Une question me vient inévitablement à l'esprit : Marc Messier a-t-il simplement eu la chance de participer à autant de succès... ou est-ce plutôt chacun de ces succès qui a eu la chance de pouvoir compter sur Marc Messier? Lorsqu'on regarde son impressionnante feuille de route, la réponse semble presque évidente.
N'oublions pas qu'il faisait aussi partie de la distribution originale de Les voisins, de Claude Meunier et Louis Saïa, en 1982, au Théâtre Jean-Duceppe. Il reprendra ensuite son rôle dans le téléfilm réalisé par Micheline Guertin, performance qui lui méritera un autre Prix Gémeaux en 1988. Plus de quarante ans après sa création, cette pièce continue d'être jouée partout au Québec.
Une empreinte indélébile
Au cours de sa carrière, Marc Messier participera à une soixantaine de productions télévisuelles, dont Paparazzi, Grande Ourse, Toute la vérité, Boomerang, Avant le crash et Le retour d'Anna Brodeur. Il laissera également sa marque dans plusieurs éditions du Bye Bye, remportant notamment un autre Prix Gémeaux pour Bye Bye 85.
Le cinéma lui ouvrira aussi grand ses portes avec des rôles marquants dans Jésus de Montréal, Les Pots cassés, Le Sphinx, Ma tante Aline, Le Grand Départ et, tout récemment, Les Hommes de ma mère. En 2021, il montait seul sur scène avec Seul... en scène!, offrant au public un spectacle rempli d'histoires, d'humour, d'émotion et de souvenirs. Une nouvelle preuve que son immense talent n'avait rien perdu de son éclat.

Merci, Monsieur Messier...
Le départ de ce géant de notre culture laisse un vide immense. Heureusement, les personnages qu'il nous a offerts continueront de vivre dans nos salons, sur nos écrans, dans nos théâtres et, surtout, dans nos cœurs.
Décédé des suites d'une brève maladie à l'âge de 78 ans — il aurait célébré son 79e anniversaire le 16 août prochain — Marc Messier laisse dans le deuil ses trois enfants, Gabrielle, Félix et Jeanne. J'aimerais leur offrir mes plus sincères condoléances, ainsi qu'à toute sa famille, à ses nombreux amis, à ses collègues et à tous les Québécoises et Québécois qui pleurent aujourd'hui l'un des plus grands artistes de notre histoire.
Nous perdons aujourd'hui un acteur d'exception. Nous perdons une voix, un regard, une présence, une partie de notre mémoire collective. Il existe des artistes qui occupent une place dans notre culture... et il y a ceux qui deviennent notre culture. Marc Messier appartenait à cette seconde catégorie.
Le rideau est tombé sur une carrière absolument exceptionnelle, mais il ne tombera jamais sur son héritage. Tant qu'un enfant découvrira La petite vie, qu'un amateur de hockey reverra Lance et compte, qu'une salle éclatera de rire devant Broue ou que résonnera quelque part la célèbre phrase « La dureté du mental », Marc Messier sera encore parmi nous.
Les grands artistes ne meurent jamais vraiment. Ils cessent simplement d'occuper la scène pour aller illuminer notre mémoire. Et celle de Marc Messier brillera, elle, pour toujours.




