CHER YVON DESCHAMPS : JE NE VOULAIS PAS ATTENDRE QUE LE SILENCE SE FASSE POUR TE DIRE MERCI
Dernière mise à jour : 23 oct.
Yvon Deschamps a été le plus grand humoriste de l’histoire du Québec. Je dirais même de tout le pays. Ah non, puis allons-y bien humblement : le plus grand humoriste de l’histoire du monde.
Yvon n’a pas seulement écrit les monologues les plus percutants de notre histoire, il nous a éduqués. Dans le rire. Dans la réflexion. Souvent en nous faisant grincer des dents.
Bien avant de devenir le géant que l’on connaît, Yvon a participé à la naissance du Théâtre de Quat’Sous, un lieu qui allait lui permettre de faire ses premières armes. Puis est arrivée, en 1968, l’aventure complètement folle de L’Osstidcho. C’est là qu’il nous a offert son tout premier monologue, Les unions, qu’ossa donne ?
Par Gaëtan Vaudry
Une véritable gifle en pleine face
Et c’est là qu’on a vu naître le Yvon Deschamps que le Québec allait apprendre à aimer… et surtout, à écouter.
Parce que Yvon ne nous faisait pas seulement rire. Il pouvait nous faire rire aux éclats et, quelques secondes plus tard, nous envoyer une véritable gifle en pleine face. Une phrase. Une vérité. Une réalité que l’on préférait parfois ne pas regarder.
Près de 60 ans plus tard, dans un monde où les bons humoristes sont légion sur les scènes du Québec, personne n’a réussi à occuper la scène comme ce monstre sacré.

Extrêmement intelligent
Personnellement, Yvon m’a fait grandir. Il m’a fait découvrir plusieurs de nos petits travers dans le rire. Extrêmement intelligent, il est le seul, à mes yeux, à avoir été capable de nous faire autant réfléchir pendant un spectacle au complet.
Et sans jamais avoir l’air de nous donner une leçon.
J’ai vu Yvon à plusieurs reprises sur scène. Mais je vais vous dire une chose : je regrette de ne pas l’avoir vu assez souvent. Il me fallait saisir cette chance chaque fois qu’elle se présentait, quand il en était encore temps !
Samedi de rire
Même à la télévision, Yvon a laissé sa marque. D’abord avec ses spectacles qui fracassaient régulièrement les cotes d’écoute du petit écran, mais aussi avec Samedi de rire. Un rendez-vous hebdomadaire hilarant qui faisait lui aussi salle comble, le samedi soir.
Au fil des ans, Yvon s’est bâti une solide réputation, devenant le père spirituel de tous les humoristes du Québec. De Daniel Lemire à Lise Dion, en passant par Mario Jean, André-Philippe Gagnon, Martin Matte et Guy Nantel, tous sont unanimes : personne n’est plus grand que le roi Yvon.

La Fondation Yvon Deschamps Centre-Sud
Et que dire de l’extrême générosité de l’homme ?
Toute sa vie, il aura consacré du temps et de l’argent pour les plus démunis. Pour ceux et celles dans le besoin. Cet homme est tout simplement extraordinaire.
Il a été impliqué dans une foule d’œuvres, notamment Oxfam-Québec, Le Chaînon, de même que la Fondation du CHUM. Et il ne faudrait surtout pas oublier la Fondation Yvon Deschamps Centre-Sud, qui a pour mission d’améliorer la situation et les conditions de vie des jeunes du quartier Centre-Sud, à Montréal.
Yvon a été très présent dans ma vie. D’abord au Super Bazar du Chaînon. J’ai eu la chance de le côtoyer et de travailler avec lui près de sept ans. Ce n’est pas rien.
Il ne le sait pas, mais j’avais un immense frisson à chacune de nos rencontres.
Et puis, il y a eu les lancements de ses livres, auxquels j’assistais avec le plus grand des respects. Mais aussi les entrevues exclusives qu’il m’a accordées. Je n’en serai jamais assez reconnaissant.
Retraite paisible
Aujourd’hui âgé de 91 ans, Yvon vit paisiblement sa retraite bien méritée, entouré des gens qu’il aime : sa magnifique épouse Judi Richards, ses filles et ses petits-enfants.
Il mérite chaque moment de bonheur.
Grâce à la magie d’Internet, j’ai la chance de regarder un monologue d’Yvon par semaine. Souvent plus.
Et vous savez quoi ?
Je n’arrêterai jamais.

En chiffres, Yvon Deschamps, c’est 11 spectacles solos, plus de 3 000 représentations, plus de 75 monologues et une quarantaine de chansons. Un monument qui a changé à jamais le visage de l’humour québécois.
Te dire merci
Aujourd’hui, je voulais rendre hommage à mon idole. Mais aussi à l’idole de tout un peuple.
Je ne voulais pas attendre que le silence se fasse pour te dire merci.
Parce qu’un jour, il n’y aura peut-être plus de nouveau monologue à écouter. Plus de nouvelle entrevue. Plus cette chance de te croiser et de ressentir, comme toujours, ce petit frisson en moi.
Mais il restera tout ce que tu nous as laissé.
Tes mots.
Tes rires.
Tes personnages.
Tes vérités.
Et moi, je pourrai toujours appuyer sur « jouer »… et, pendant quelques instants, avoir l’impression que tu es encore là, devant moi.

Alors aujourd’hui, pendant que tu es là, cher Yvon, je veux simplement te dire merci.
Merci d’avoir marqué ma vie.
Et surtout…
merci d’être encore là.
Site officiel : ICI





