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JE ME SOUVIENS DE GILLES PELLETIER

1 oct.
4 min de lecture

Dernière mise à jour : 21 oct.

Il y a des comédiens qui marquent toute une génération. Le grand Gilles Pelletier fut incontestablement de ceux-là.


Né en 1925, ce fils d’éditeur et de critique littéraire quitte très tôt le nid familial dans les Laurentides pour s’aventurer dans la grande métropole, où il suivra les cours des réputés Sita Riddez et François Rozet.


À 20 ans, il fait officiellement ses débuts au théâtre avec la troupe L’Équipe de Pierre Dagenais. Rapidement, son nom brillera dans de grandes productions comme Le Songe d’une nuit d’été et Britannicus.



Premier grand rôle à la télévision


Dans les années 1950, Gilles Pelletier devient l’un des visages incontournables des téléthéâtres de Radio-Canada. En 1955, il décroche son premier grand rôle à la télévision en incarnant avec brio le capitaine Aubert dans le téléroman Cap-aux-Sorciers, signé Guy Dufresne.


En 1964, avec Georges Groulx et Françoise Graton, il fonde la Nouvelle Compagnie Théâtrale (NCT). Il y signe plusieurs mises en scène et défend de nombreux rôles-titres, dont Philoctète, Macbeth, Le Cid et Cyrano de Bergerac.


Il quittera la direction de la NCT en 1982. Celle-ci deviendra le Théâtre Denise-Pelletier en 1997.


Le téléroman L'Héritage offrait une distribution de rêve : Robert Gravel, Yves Desgagnés, Sylvie Léonard et le grand Gilles Pelletier.
Le téléroman L'Héritage offrait une distribution de rêve : Robert Gravel, Yves Desgagnés, Sylvie Léonard et le grand Gilles Pelletier.

Et puis, L'Héritage


Dans les années 1960, Gilles Pelletier s’impose comme l’un des piliers de la télévision québécoise, affichant son nom aux génériques de plusieurs succès, dont Septième nord, Rue de l’Anse et Le Paradis terrestre, pour ne nommer que ceux-là.


En 1987, Victor-Lévy Beaulieu lui écrit un personnage qui deviendra l’un des plus marquants de sa carrière. Gilles Pelletier campe alors magistralement le coloré patriarche Xavier Galarneau dans le populaire téléroman L’Héritage. Une performance qui lui vaudra notamment deux prix MetroStar.


Sous la férule du grand Hitchcock


Son parcours cinématographique n’est pas en reste. Il apparaît notamment dans La Loi du silence du légendaire Alfred Hitchcock, puis dans des œuvres québécoises marquantes comme Jésus de Montréal, Les Invasions barbares et L’Âge des ténèbres de Denys Arcand.


Je me souviens également de lui dans le rôle du capitaine de bateau Alphonse Pinsonneault, dans La Grande Séduction, qui demeure encore aujourd’hui l’un de mes films québécois préférés.


De nombreuses distinctions


Son immense parcours sera couronné de nombreuses distinctions, dont l’Ordre du Canada en 1988, l’Ordre national du Québec en 1993 et le Prix Denise-Pelletier en 1998, un hommage particulièrement symbolique puisqu’il porte le nom de sa sœur.


En 2015, alors âgé de 90 ans, Gilles Pelletier nous offrira sa toute dernière prestation dans le film L’Origine des espèces, du cinéaste Dominic Goyer.


Gilles Pelletier et sa conjointe, la comédienne Françoise Graton.
Gilles Pelletier et sa conjointe, la comédienne Françoise Graton.

Mon anecdote avec Gilles Pelletier


Au début de 1989, je suis depuis peu en poste comme journaliste artistique au journal Hebdo-Vedettes. Je viens tout juste d’avoir 18 ans. Le directeur de l’hebdomadaire, Roger Sylvain, me propose alors d’appeler directement chez lui le grand Gilles Pelletier afin de lui demander une entrevue.


À cette époque, le « monstre sacré » de notre milieu brille dans L’Héritage et est récompensé de toutes parts. J’hésite. Que répondra ce grand comédien à un jeune journaliste de 18 ans, sans expérience ?


Je fonce. J’appelle... Il répond.


En quelques minutes à peine, Gilles Pelletier acquiesce à ma demande et m’invite, quelques jours plus tard, dans sa magnifique maison d’Outremont. Je suis renversé. À 18 ans, je m’apprête à rencontrer l’un des géants de notre théâtre, de notre télévision et de notre cinéma.


Je suis nerveux. Émerveillé. Et probablement un peu beaucoup impressionné par cet homme dont j’admire profondément le parcours.


Deux monstres sacrés de notre industrie : Gilles Pelletier et Jean Duceppe dans Trio, en 1960.
Deux monstres sacrés de notre industrie : Gilles Pelletier et Jean Duceppe dans Trio, en 1960.

Ce que font les grands


Mais Gilles Pelletier fera exactement ce que font les grands : il me mettra immédiatement à l’aise.


Avec une générosité exceptionnelle, il m’offrira près de deux heures de son précieux temps, répondra à toutes mes questions, se prêtera avec enthousiasme à une magnifique séance de photos et, surtout, me donnera confiance.


Cette rencontre changera ma vie


Car derrière le monument que je venais rencontrer, j’avais découvert un homme d’une immense générosité, qui avait accepté d’ouvrir sa porte et de m’accorder une chance alors que je n’étais qu’au tout début de mon parcours.


Aujourd’hui, après toutes ces années, je mesure encore davantage la portée de ce geste.


Merci, Monsieur Pelletier.


Merci de m’avoir offert cette toute première chance. Si j’ai travaillé très fort pour faire ma place au fil des décennies, si Roger Sylvain a été le premier à croire en moi, c’est vous qui avez contribué à faire naître le journaliste que je suis devenu.


À 18 ans, vous ne pouviez probablement pas savoir ce que votre geste allait représenter pour moi.


Moi, je ne l’ai jamais oublié. Et je ne l’oublierai jamais.


Gilles Pelletier nous a quittés le 5 septembre 2018, à l’âge de 93 ans.



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